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«Nous gardons un degré d’indépendance très élevé»

3 Septembre 2018

Thomas de Saint-Seine -RAM Active Investments

 
allnews  par Nicolette de Joncaire 

 

 

Entretien avec Thomas de Saint-Seine sur l’alliance entre RAM Active Investments et Mediobanca.

 

En mars dernier, Mediobanca prenait une participation de 69% au capital de la société d’asset management, RAM Active Investments, fondée par Thomas de Saint-Seine, Maxime Botti et Emmanuel Hauptmann.  Coactionnaire historique, le Groupe REYL conserve 7,5% du capital suite à l’opération. Que signifie cette évolution et quel futur pour RAM AI? Entretien avec son CEO, Thomas de Saint-Seine.

Pourquoi une alliance avec Mediobanca?

Le groupe Mediobanca bénéficie d’une excellente réputation, d’une culture entrepreneuriale forte, d’un bilan solide, l’un des meilleurs d’Italie, et nos activités sont très complémentaires. L’asset management y est assez peu développé, par contre son réseau de distribution est étendu. Mediobanca nous ouvre le marché des investisseurs italiens dont, soit dit en passant, le taux d’épargne y est très élevé.  Mediobanca nous donne accès direct à ses plateformes de banque privée et retail, et nous aide également à distribuer notre offre auprès de leur clientèle institutionnelle. En bref, cette alliance nous apporte des moyens financiers pour développer nos produits et un accompagnement dans un univers élargi. Nous gardons par ailleurs un degré d’indépendance très élevé y compris notre marque et notre philosophie d’investissement. En échange de quoi, les trois associés fondateurs de RAM AI se sont engagés à rester impliqués sur les dix prochaines années au moins. 

Les fonds UCITs étrangers représentent environ
trois quarts des fonds commercialisés en Italie. 

 

Pour quelle raison Mediobanca s’est-elle intéressée à RAM AI?

Il existe assez peu d’asset managers italiens de renom et les institutions italiennes se tournent volontiers vers les gestionnaires d’actifs étrangers. Les fonds de placement UCITs étrangers représentent d’ailleurs environ trois quarts des fonds commercialisés en Italie. La stratégie de Mediobanca consiste également à se développer dans l’asset management au travers de la création de sa plateforme multi-boutique  «Mediobanca Alternative Asset Management» dont nous sommes devenus le deuxième membre après Cairn Capital.

Mediobanca vous a apporté 200 millions de francs de seed money. Comment les avez-vous employés?

Nous les avons déployés principalement dans trois stratégies: pour 65 millions sur une stratégie globale ESG nommée «Sustainable Income» qui investit dans les sociétés à dividende élevé ou celles qui rachètent leurs actions, pour 45 millions sur un fonds multi-asset lancé en 2017 et pour 55 millions sur une stratégie de managed futures. Le reste a complété d’autres fonds pour leur assurer une taille critique. Notez que le multi-asset est une classe d’actifs importante pour le marché retail, en Italie mais également en Allemagne.

Une approche quantitative utilisant des facteurs
fondamentaux pour capter les inefficiences du marché.

 

RAM AI investit dans la recherche. Pourquoi et de quelle manière?

Pour maintenir une longueur d’avance sur les gestions passives dont les coûts sont faibles, il faut générer de l’alpha. Dans ce contexte, nous avons développé une approche quantitative utilisant des facteurs fondamentaux dans le but de capter les inefficiences du marché sur quatre lignes : value, défensif, momentum et deep learning, en combinant facteurs fondamentaux, techniques et alternatifs pour prédire les rendements futurs des titres. Cette approche qui est nôtre depuis le début, nous a conduit à développer des outils d’interprétation et d’intégration de multiples sources de données en n’y retenant que ce qui est significatif. Notre recherche est largement auto-financée par les profits que nous dégageons.

Quels montants gérez-vous et auprès de quelle clientèle?

La masse sous gestion se monte à environ 5 milliards de francs. Une moitié de notre clientèle est institutionnelle. Pour le reste, nous distribuons par l’intermédiaire de plateformes «wholesale» et ne traitons pas avec une clientèle privée en direct.  L’essentiel de nos clients se trouvent en Europe surtout en Suisse et en Allemagne, ces deux pays représentant près de 60% de notre empreinte géographique. Les actifs que nous gérons sont répartis sur 14 fonds dont 11 sont systématiques (UCITS) et 3 discrétionnaires. Nos fonds sont pour la plupart de droit luxembourgeois. Nous possédons d’ailleurs une filiale sur place.

 

Nous envisageons de doubler nos actifs
sous gestion à un horizon de trois à cinq ans.

 

Quels sont vos objectifs?

L’Italie va devenir l’un de nos principaux marchés et nous avons ouvert des bureaux à Milan pour nous rapprocher de la clientèle italienne au cours de l’automne. De manière plus générale, nous envisageons de doubler nos actifs sous gestion à un horizon de trois à cinq ans, avec prudence, sans jamais compromettre la performance. Nous n’hésitons pas à fermer un fonds aux nouvelles souscriptions d’investisseurs externes (soft closing) si nécessaire, la capacité de chaque fonds ayant des limites.

 

Vous prônez l’investissement socialement responsable. A-t-il conquis sa place?

En ce qui nous concerne, nous avons toujours été convaincus que la responsabilité sociale doit être intégrée dans la gestion des portefeuilles d’investissement. Depuis quelques années, la demande pour les placements répondant à des critères ESG s’accroit sensiblement, surtout de la part des investisseurs institutionnels et plus particulièrement des institutions nordiques. Genève devrait d’ailleurs voir sa réputation grandir dans le domaine suite à l’annonce de l’installation du siège mondial du réseau FC4S (Financial Centres for Sustainability).

 

RAM AI emploie actuellement une quarantaine de personnes. Cherchez-vous à recruter?

Nous recherchons effectivement des profils complémentaires et expérimentés dans le domaine de la recherche quantitative. Bien que la Suisse ne soit pas une place d’asset management institutionnel, nous avons su développer par exemple des relations avec des chercheurs travaillant au sein d’universités comme l’EPFL sur l’intelligence artificielle ou l’Université de Genève sur l’ESG.

 

De nouveaux locaux sont-ils devenus nécessaires?

Nous les recherchons activement. Notre installation rue du Rhône date de 2009. Nous étions alors une vingtaine ! Il est temps d’être moins à l’étroit.