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La course vers la neutralité carbone

7 Décembre 2020

par Cyrille Joye, co-Head of Client Services & Communications pour All News.

 

La politique climatique reste un enjeu fondamental pour les gouvernements de tous les pays. Le parlement européen a voté en octobre une baisse de 60% du CO2 émis d’ici à 2030. La Suisse a fixé sa réduction à 50%. Dans tous les cas une telle baisse ne peut être atteinte qu’avec un système de compensation carbone. A ce titre l’accord de compensation de la Suisse avec le Ghana et le Pérou est significatif. 

Les équipes de RAM sont depuis plusieurs années conscientes de cette problématique. La quantité des données ESG disponibles et collectées a permis à nos équipes de recherche de renforcer leur expertise en matière d'investissement durable systématique. La conception de nos modèles permet d’affiner la compréhension des mécanismes fondamentaux pour traiter les questions de durabilité. Grace à notre infrastructure propriétaire de Machine Learning, nous visons une inclusion systématique et explicite des risques et opportunités ESG dans nos moteurs quantitatifs.

Dans les portefeuilles que nous gérons, nous parvenons à diviser par trois l’intensité carbone (par rapport à notre univers d’investissement, le MSCI World Index). Ces niveaux sont bien sûr réjouissants au regard de la masse sous gestion gérée passivement dans des ETF avec peu de considération climatique, mais l’urgence sur le sujet est telle que nous ne pouvons nous contenter du « mieux ». Nous avons donc exploré de nombreuses solutions pour réduire notre impact climatique, et RAM AI a décidé de compenser de manière volontaire l’empreinte carbone de ce fonds par le biais de sa société de gestion à l’aide de crédits de carbone pour offrir à nos investisseurs un portefeuille carbone neutre.

Souvent critiquée, la compensation carbone revient en force ces dernières années face à l’urgence climatique. Alors qu’initialement le marché du crédit carbone (introduit en 1997 avec le protocole de Kyoto) avait été mis en place pour permettre des échanges entre états signataires, aujourd’hui de nombreuses sociétés considèrent aussi ce moyen comme indispensable pour atteindre leurs objectifs de réduction de CO2.

Fonctionnement du crédit de carbone

Généralement, les crédits-carbones sont émis par une entreprise ou une entité gouvernementale qui investit dans un projet qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (ex : énergie renouvelable) ou qui permet d’absorber plus de dioxyde de CO2 qu'il n'en rejette (forêt, technologies de stockage du CO2).

 

La validité des projets et la quantité de CO² qui peut être compensée par ceux-ci doit être contrôlée par des procédures strictes afin d’éviter toute irrégularité et assurer la mesurabilité, la vérifiabilité, la permanence et l’additionnalité du projet. L’additionnalité est un élément clé à considérer, le projet ne doit pas pouvoir être mis en œuvre sans les revenus additionnels issus de la vente des crédits carbone.

Nous utilisons la plateforme UNFCC qui promeut un grand nombre de projets via le Mécanisme de Développement Propre de l'ONU (MDP). Ces REC sont obtenus par des projets de réduction des émissions de GES dans les pays en développement et sont étroitement réglementés par le secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Soumis à des règles strictes de validation auprès des gouvernements et d’auditeurs indépendants, cette plateforme a été salutaire pour de nombreux projets. Près de 300 milliards USD ont été levés.

L’avenir de la compensation carbone

Bientôt, un nouveau régime climatique international entrera en vigueur dans le cadre de l'Accord de Paris de 2015. L'un des engagements clés concerne le nouveau marché international du carbone et la définition d’un cadre réglementaire. Nous nous attendons à des discussions intenses sur la meilleure façon de promouvoir le développement durable et l'intégrité environnementale lors de la COP 26. Malheureusement le COVID-19 est passé par là et la conférence qui aurait dû avoir lieu cette année est ajournée à l’année prochaine. Ce retard met à mal de nombreux projets dans des pays en voie de développement. Certains acteurs ont en effet du mal à attirer des financements, le cadre réglementaire régissant la définition et le processus de validation de nouveaux projets restant flou. Espérons que les négociateurs en charge de cette problématique utiliseront ce délai supplémentaire à bon escient. Par exemple, en clarifiant l’utilisation de crédits de carbone dans le secteur privé, démocratisant ainsi l’accès à ce moyen non négligeable pour réduire les émissions de CO2.

Finalement, utilisé dans la gestion de façon appropriée, associant intégration ESG judicieuse et des niveaux d’émissions de CO2 limités, nous sommes convaincus que l’industrie financière peut bénéficier de cet outil pour renforcer ses mesures de décarbonisation.